Les bases du Breakbeat avec le Amen Break

Amen break

Voici l’épisode 3 de la saison 2 du podcast Arsonor!

Cet épisode raconte les origines et évolutions du Breakbeat en tant que technique de Sampling.

Le fil rouge de l’épisode est le Amen Break, une boucle de batterie la plus samplée dans l’histoire de la musique.

A travers l’écoute de nombreux extraits, découvrez à quel point le Amen Break est la source de courants musicaux comme le Hip Hop et la Jungle, ainsi que d’innombrables morceaux de tous styles des années 80 à aujourd’hui.

En analysant de plus près cette boucle rythmique, cherchons à comprendre pourquoi elle est devenue la plus populaire d’entre toute.

La partie 2 dans le prochain épisode fera la démonstration pratique dans Ableton Live de la technique du Breakbeat à partir du Amen Break original.

Pour écouter cet épisode, lance tout simplement le lecteur ci-dessus.

Tu peux aussi accéder à la page du podcast.

Contenu de l’épisode #3:

Savez-vous quel est le point commun entre ça:

NWA – Straight Outta Compton

Et ça:

Terrorist – Renegade

La réponse est le Amen Break!

Mais d’où cela vient-il?

A la fin des années 60, un groupe nommé The Winstons a enregistré une chanson appelée « Amen Brother ».

Au milieu du morceau, à environ 1’26’’, le batteur joue seul.

Il ne se doute pas à ce moment-là qu’il allait influencer une bonne partie de la création musicale à venir.

1 - Le Breakbeat en tant que technique de sampling: Origines et évolutions

Dans cet épisode, on va s’intéresser à une technique courante du beatmaking et plus que jamais pratiquée aujourd’hui dans tout style de musique rythmique, à savoir le « breakbeat » en tant que technique de sampling.

Mais qu’est-ce qu’on appelle un « breakbeat » exactement?

Pour le dire simplement, c’est un extrait rythmique d’un morceau de musique, où la batterie ou autre élément de percussion jouent en solo.

Le terme «break» fait référence à ces sections de batterie jouées pendant le break du morceau; à savoir ces pauses dans l’arrangement mettant en valeur la rythmique seule.

La technique du « breakbeat » est donc de s’approprier un extrait rythmique en l’extrayant d’anciens morceaux existants.

En général, les morceaux en question sont de vieux enregistrements funk, soul, jazz ou R&B.

La plupart sont centrés sur des arrangements vocaux et une instrumentation variée. Cependant, de nombreux morceaux comportent des segments de quatre ou huit mesures, souvent trouvés dans la transition entre couplet et refrain, dans lequel la batterie joue un certain groove en solo.

Les éléments de la batterie (drums)

Souvent, dans l’enregistrement récupéré sont extraits les éléments typiques de la batterie:

Le Kick (grosse caisse), Snare (caisse claire), Clap, HiHat (charleys), Tom, Cymbale, etc…

ainsi que des enchaînement particuliers de ceux-ci.

Mais aussi d’autres percussions comme le Rim Shot, Bongo, Conga, ou autre tambourin.

Ou encore d’autres éléments musicaux qui peuvent s’intégrer dans la rythmique comme:

sample de Voix one shot, un riff de guitare, un jeu de cuivres

Les origines du Hip Hop

Alors cette technique du sampling ne date pas d’hier.

Pour les producteurs de hip-hop et les DJ entreprenants des années 70, la découverte de ces breaks sur des disques vinyles a été l’occasion de réutiliser des rythmes existants à leurs propres fins musicales. C’était un moyen pour les jeunes musiciens à court d’argent de travailler avec de grands batteurs sans avoir besoin de trouver des musiciens de session ou de payer des frais de studio. Ce simple acte d’ingéniosité musicale a changé le cours de l’histoire de la musique.

Pensez à l’âge d’or de la musique hip hop du milieu à la fin des années 80 et au début des années 90. Toute cette période de 10, 12 ans est principalement une période au cours de laquelle la musique hip hop, en particulier, récupère ces vieux échantillons de batterie.

Les sampleurs sont devenus populaires à peu près au même moment où les musiciens ont commencé à utiliser des boîtes à rythmes et des synthétiseurs.

Au début, c’était une sorte de nouveauté.

Le sampling permettait à nouveau de produire des sons plus organiques contrairement au type de sons artificiels synthétisés.

Les premières musiques électro, les premières musiques de breakdance, avaient un son très robotique, très futuriste. Y introduire le sampling, c’était en quelque sorte retrouver l’esthétique d’une période passée.

Contrairement à aujourd’hui où on pratique essentiellement dans un logiciel dédié, les samplers à l’époque étaient uniquement des machines bien physiques, les fameuses MPC d’AKAI notamment, de la taille d’un lecteur DVD à peu près. Avec leur 16 Pads jouables avec les doigts (ce qu’on appelle du « finger drumming »), ces samplers ont permis le découpage et ré-assemblage des breakbeats de façon très simple et rapide.

Il y a aussi un côté nostalgique qui rend le sampling désirable.

Lorsque les producteurs de l’époque mettent la main sur des sampleurs, ils réalisent qu’ils peuvent commencer à emprunter les sons des disques qu’ils ont écoutés en grandissant.

Des compilations regroupant des vieux morceaux commençaient à apparaître. Des morceaux rigoureusement sélectionnés pour en retirer des breaks, des échantillons sonores à réutiliser. Dont le Amen Break en faisait évidemment parti.

2 - Exemples de reprise du « Amen Break » et autres breaks connus

On en arrive donc à l’objet de cet épisode: le légendaire Amen Break.

A la fin des années 60, un groupe nommé The Winstons a enregistré une chanson appelée « Amen Brother ».

Au milieu du morceau, à environ 1’26’’, le batteur joue seul.

Ce que vous venez d’entendre s’appelle depuis le « Amen Break », qui est donc ce solo de batterie jouée par GC Coleman le batteur du groupe.

Alors pourquoi j’en parle?

Car c’est tout simplement la boucle audio de batterie de loin la plus réutilisée de l’histoire de la musique.

Ces quatre mesures de batterie jouées pendant sept secondes auront suffi à inspirer des milliers de futurs producteurs pour la reprendre et la remodeler à leur sauce dans leurs morceaux.

Vous l’avez certainement entendu un million de fois, mais vous aurez peut-être du mal à vous souvenir dans quoi.

Alors, écoutons à nouveau ces six secondes. Cette fois, voyez si vous pouvez vous rappeler où vous l’avez entendu.

[Amen break à vitesse normale – 138 BPM]

Amen break au ralenti: les débuts du Hip Hop

On peut le retrouver joué au ralenti dans les débuts du Hip Hop:

[I Desire – Salt-N-Pepa]

[Feel Alright Y’all – 2 Live Crew]

[King of Beats – Mantronix]

Plus d’une décennie s’est écoulée depuis la sortie du morceau « Amen Brother » avant que le break ne commence à apparaître dans ces morceaux de hip hop.

C’est principalement parce que le sampling ne devient une pratique à la mode qu’à partir des années 80.

Puis dans du Hip Hop plus récent:

[Streets on Fire – Lupe Fiasco]

[Straight Outta Compton (radio edit)]

[Red Eye – Big K.R.I.T.]

[Compton – The Game feat. Will.i.am]

[Pigs – Tyler, The Creator]

[Mindfields – Prodigy]

Le Amen Break en accéléré dans la Jungle et Drum’n’Bass

En ralentissant le Amen Break, il était très employé dans le hip hop, puis arriva la déferlante Jungle et la drum and bass avec le même break mais cette fois en accéléré.

On ne compte plus le nombre de tracks de ce style crées à partir de ce break dans les années 90:

[Renegade – Terrorist]

[Tundra – Squarepusher]

[Can’t Knock The Hustle (Desired State Remix) – Jay-Z feat. Mary J Blige]

[Ain’t Talkin’ Bout Dub – Apollo 440]

La longueur et la polyvalence de l’Amen Break l’ont rendu si prolifique que trouver de nouvelles façons de l’utiliser était devenu une quête intellectuelle.

[Fear – Amen Andrews (Luke Vibert)]

[Creatures – Amon Tobin]

[Nightlife – Amon Tobin]

Polyvalence et diversité du Amen Break

Ecoutons-le enfin dans des tracks plus récentes et dans des styles musicaux aussi divers qu’éclectiques:

[In for the Kill (Skream’s Let’s Get Ravey Remix) – La Roux]

[Eyeless – Slipknot]

[Scary Monsters and Nice Sprites (The juggernaut remix) – Skrillex]

[One Kiss (Oliver Helgens remix) – Calvin Harris and Dua Lipa]

C’est même utilisé dans les pubs ou génériques comme ici avec le thème de Futurama:

[Futurama Theme – Christopher Tyng]

Si vous allez sur l’application WhoSampled qui recense tous les samples de tous les morceaux du monde, on peut voir que plus de 5800 morceaux utilisent cette boucle Amen Break.

Ce qui est absolument énorme!

D’ailleurs je vous recommande cette application WhoSampled qui permet de vous rendre compte à quel point la musique, quelque soit le genre et l’origine, emprunte quasi toujours à ce qui a déjà existé dans le passé.

L’ironie de l’histoire c’est que le batteur du Amen Break, GC Coleman ne touchera jamais un seul centime de son vivant de tout ce sampling.

Autres breaks intéressants

Bien sûr il y a des milliers d’autres breaks récupérés dans des vieux disques, tout comme le Amen break.

Mais contrairement à aujourd’hui, où on peut simplement taper les mots « drum solo » dans un moteur de recherche et trouver une liste interminable d’enregistrements et de vidéos, il faut savoir que dans les années 80 et 90, les nombreux producteurs s’appuyaient sur la même série de collections de breaks disponibles dans le commerce ou des recommandations de bouche à oreille.

A part le Amen Break, en voici quelques-uns devenus cultes:

Incredible Bongo Band - Apache

Ces premières mesures sont du morceau nommé Apache du Incredible Bongo Band. Apache est un incontournable du hip-hop grâce au légendaire « Merry-Go-Round » de DJ Kool Herc créant une boucle indéfinie du Break.

Grandmaster Flash, DJ Shadow, Switch and The Sugarhill Gang (même s’il s’agit d’une reprise) ont tous connu le succès avec ce qui est connu depuis comme le Apache Break.

James Brown - Funky Drummer, Tighten Up, ...

Comme autre grand pourvoyeur de breaks, on retrouve bien sûr James Brown.

Le son du kit de batterie « Funky Drummer » est aussi incomparable que le groove joué, ce qui en fait un grand classique à travers tous les âges.

Public Enemy l’a utilisé plusieurs fois (jusqu’à même le nommer dans Fight The Power), tandis qu’il a également fait des apparitions sur des morceaux de LL Cool J, Run-DMC et NWA.

Skull Snaps - It’s a new day

Allez pour finir, je citerai Skull Snaps – It’s a new day qui a été repris entre autres par Prodigy, et Rob Dougan dans la BO de Matrix:

—> Prodigy – Poison

—> Rob Dougan – Clubbed to death (The Matrix)

3 - Le Amen Break décortiqué: pourquoi a t’il été si souvent utilisé?

Maintenant voyons plus en détail pourquoi le Amen Break est devenu le breakbeat le plus populaire d’entre tous?

Qu’est-ce qui fait que les artistes de tout genre musical l’utilisent tant?

1) La longueur du Amen break

La première explication est la longueur de ce break.

C’est en effet un échantillon de six-sept secondes, donc il y a beaucoup de matière à piocher dedans.

Alors, bien sûr vous vous dites, six secondes cela semble peu.

Mais il faut savoir que dans la pratique du sampling à ses débuts, six secondes, cela représentait une tonne de temps.

Quand les gens fouillent dans les caisses de disques vinyles des magasins de disques d’occasion à la recherche du sample idéal, et qu’ils arrivent à trouver une seule mesure d’un échantillon de batterie, c’est une victoire. C’est pourquoi le Amen Break représente le Graal!

2) La variations des coups de batterie

La deuxième explication est qu’en plus de sa longueur, le Amen Break est très varié dans ses coups de batterie.

Le batteur, GC Coleman, fait son truc pendant 5 ou 6 secondes. Et il le fait suivant un certain groove bien à lui.

Ce n’est pas suivant un rythme standard 4/4 four to the floor comme celui-ci:

Mais au contraire on y entend un rythme syncopé où des temps normalement plus faibles sont mis en avant, notamment par les coups de la caisse claire.

Cela a pour effet de disrupter le rythme naturel et créer une certaine tension rythmique, une vibe plus funky.

3) Les coups de la caisse claire dans la troisième mesure

Par exemple, tous les coups de la caisse claire sont différents.

La clé du succès rythmique est le décalage de cette caisse claire dans la troisième mesure. Coleman faisant presque allusion à la façon dont les producteurs de DnB pourraient l’utiliser plus tard.

On peut alors découper le Amen break et réorganiser les divers coups individuels dans d’autres configurations. On peut très vite se lancer dans des motifs et des textures vraiment intéressants.

Les transformations possibles du Amen Break

En plus de réarranger le break, on peut l’accélérer…

Le ralentir…

ou même le jouer à l’envers (ce qu’on appelle faire un Reverse).

D’autres effets comme le filtrage de fréquences, le changements de pitch, la distorsion, le stretching, etc… sont encore autant de traitements pour transformer le break en quelque chose de nouveau et d’unique.

A bientôt pour la deuxième partie de cet épisode, où je ferai une démonstration pratique de transformation du Amen Break dans Ableton Live.

Outro de l’épisode

Catégories
Bienvenue sur Arsonor!

Tu cherches à maîtriser les outils modernes de la production musicale, traiter ton son comme il le mérite, en finir avec les blocages et finaliser tes morceaux une bonne fois pour toute?

Tu es au bon endroit! Je m’appelle Martin, et je partage avec toi toutes mes connaissances et expérience en ingénierie du son.

De nos jours, il est possible de faire (presque) tout depuis chez soi! Avec les bonnes connaissances, de l’abnégation et de la passion, je suis convaincu que la création musicale est accessible à tous. Je suis prêt à partager ici avec le plus de pédagogie possible, tous les conseils et astuces qui te seront d’une aide précieuse pour arriver à tes fins.

Partager l'article:
 
 
 

0 Replies to “Les bases du Breakbeat avec le Amen Break”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *